salaire

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Petit coup de gueule, ça fait longtemps que l’envie est là, mais ces dernières semaines ont été suffisamment révélatrices d’un état d’esprit “sur la fin”.

Je travaille depuis 3 ans et demi dans une PME de 70 personnes, arrivé lorsqu’il n’y en avait qu’une vingtaine. L’entreprise a grossi et a été vendue l’année dernière à un gros groupe. Un tel changement dans l’entreprise est souvent mauvais signe : Licenciements, remaniements, protocoles inadaptés… mais au pôle technique, il n’y en est rien. Il n’y en est tellement rien que ça me fait râler. Ça me fait râler à cause de la politique salariale bilatérale à la ” j’te la met à l’envers”.

 

Je crois que je ne vais juste plus aller au boulot


Voici ce qu’on présente aux salariés en général dans une petite entreprise :

  • De grosses heures (du cadre en veux tu en voilà pour être tranquille).
  • Pas de gros salaire fixe, mais un intéressement tel que des parts dans l’entreprise (sous forme d’actions gratuites ou autre). C’est à dire un levier qui peut rapporter beaucoup sur le temps si la boite explose — C’est très populaire aux états unis, et en train de le devenir en France.
  • Des projets intéressants, un peu de recherche & développement. Bien plus motivant que la majorité des projets de type SSII.
  • Une bonne ambiance : Dans une petite entreprise, tout le monde se voit quotidiennement, donc la bonne ambiance est indispensable.
  • Un gros levier niveau carrière, si on est investi et pas trop mauvais.


J’avais tout cela, y compris un début de programme d’actions gratuites (ridiculement petit, mais l’intention était née). Trois ans et un rachat “passage en mode grosse boite” plus tard, voyons ce qu’il en est :

  • De grosses heures : Toujours, et même plus qu’avant.
  • Pas de gros salaire fixe, et plus aucun intéressement (on a du signer une promesse de vente d’actions gratuites dès qu’elles sont disponibles, et aucune autre ne sera donnée).
  • Plus qu’un seul projet intéressant. Cela en fait un, certes. Mais le reste c’est des V2, V3, VX… motivant si on vient de débarquer, mais pure perte de temps pour la carrière sinon.
  • Une bonne ambiance : On a pu garder une ambiance correcte, mais je ne sors plus de mon open space. Des gueguerres internes ont commencé à naître discrètement.
  • Un gros levier niveau carrière : Avec 3 stagiaires sous le coude, responsable d’une branche technique et gestion multi projets avec parfois un client en direct, je dois reconnaître que cet aspect est très bon. Dans une SSII ou une grosse boite, je serais probablement toujours un grouillot de base en dessous d’un crétin moins bon techniquement mais dans la boite depuis 5 ans de plus.


Donc comme il est aisé de le constater, je ne gagne rien avec le changement par rapport à ce que je pourrais avoir en allant dans une autre petite entreprise, et je perds certains des avantages que je pouvais y avoir. La partie qui m’a le plus scié, c’est la négociation d’augmentation :
Moi : “Je pense valoir X au vu de bla bla bla bla bla
N+1 : “Ok, ça me parait honnête, je pense que tu les mérites effectivement, mais la décision n’est pas dépendante que de moi”
2 semaines plus tard
N+1 : “Ca sera Y, car tu vois, le boss juge qu’il faut mettre l’accent sur l’international cette année et *bullshit bullshit bullshit bullshit*”

La voix de son maître comme on dit. C’est assez sidérant de se voir dire qu’on mérite un salaire qu’on n’aura pas pas parce que la boite est en difficulté, mais juste parce que le patron a décidé que les bénef’ qu’il dégage n’iront pas valoriser ses employés au moins au niveau de leurs efforts.
Le problème au niveau du patron est qu’il est investisseur et a une porte de sortie facile (avec le rachat, il n’est contraint de rester qu’un certain temps avant de pouvoir partir créer une autre entreprise avec les sous gagnés lors de la vente). Donc au lieu d’agir en tant que CEO comme si il allait bosser dans cette boite pendant encore 10+ années, une attitude grippe-sou gouverne ses décisions car pour tout sou donné à un employé, c’est un sou de sa poche qui part. Franchement, l’employé si il n’est pas content il n’a qu’à se barrer : Ça tiendra bien quelques années le temps de partir avec la caisse !

- Pourquoi dirait-on que les décisions au boulot sont prises par des lémurs bourrés ?

- Les décisions sont prises par ceux qui ont du temps, pas ceux qui ont du talent.

- Pourquoi ceux qui ont du talent sont-ils si occupés ?

- Ils arrangent les problèmes causés par ceux qui ont du temps.

Peu d’augmentation (même méritant, autres priorités, et petite boite), pas d’intéressement (politique de la grosse boite), pas de participation. Ça m’affecterait forcément moins si je n’habitais pas dans un studio de merde sur rue à regarder le fond du compte toutes les fins de mois alors que l’arrachage de c.. est complètement disproportionné (en ce sens : La boite ne mérite pas les efforts fournis).

On va me dire : Pourquoi tu ne changes pas de boite si tu prends autant d’efforts pour dresser un tableau si sombre ?
La réponse est dans la nature humaine. La carrière a encore du potentiel, il y a encore un projet intéressant en cours de finition, et l’équipe contient quelques fous furieux avec qui on monterait bien une boite si seulement les sous suivaient (le double effet kiss cool) donc la fidélité compte, ne serait-ce que par utopie qu’elle soit à double sens. On se retrouve avec une situation d’exploité royal, mais le tableau n’est pas encore assez noir pour avoir envie de faire de gros efforts pendant potentiellement 6 mois à 1 an afin de retrouver une boite dans laquelle on se sent bien et dans laquelle la valorisation financière des employés n’est pas négligée/ignorée.

Les boites “club mickey pour geeks” ont encore de l’avenir…